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Poèmes de ma paillote

par le Pt. Houphouët-Boigny de Côte d'Ivoire

La complainte du Père Noël

Je ne suis plus maintenant qu’un très vieux bonhomme

Profondément déprimé et plus guère en forme

Galvaudé par la publicité, humilié,

Et surtout, surtout, de mes enfants renié

Dès l’âge de cinq, six ans, ils doivent comprendre

Le principe des affaires acheter, vendre,

La manipulation d’un ordinateur

Sous peine de fort compromettre leur bonheur

De l’argent ils perçoivent déjà la puissance

Et mettent en lui toute forme d’espérance

Ces petits sont gâtés, admirés, adulés

Ils n’ont que faire de mes services passés

Parents, grands-parents, oncles, tantes et voisines

Se substituent à moi dans mes tâches divines

Au point que finalement ces enfants comblés

De tant de superbes cadeaux sont rebutés.

 

Quelle peine ai-je quand je songe à ma légende

Que le monde entier souhaitait que l’on entende…

Les enfants parlaient de moi avec tant d’amour

Qu’ils rêvaient de me voir avant le petit jour.

Parfois, sur le toit, je faisais un tel tapage

Qu’ils feignaient de dormir pour voir mon équipage.

Je déposais dans leur soulier un seul jouet

Dans les temps difficiles, j’avoue, bien simplet.

 

 Mais pour l’avoir, ils avaient fait des sacrifices

D’un bout à l’autre de l’année sans artifices !

J’ajoutais quelques oranges, du chocolat

Des bonbons en sucre, des marrons, plein un plat…

Ah ! Quel enchantement quand mes petits, étranges

Se trouvaient devant le sapin aux cheveux d’anges

Alors, ils remerciaient le Père Noël

D’avoir bien voulu, pour eux, descendre du ciel.

 

Tandis que m’emportait le traîneau aux merveilles 

Tiré par huit rennes plus vifs que des abeilles 

L’écho des derniers couplets de Minuit Chrétiens

Montait des clochers, du plus neuf aux plus anciens

Alors, tout joyeux, je sifflais mon attelage

Qui se fondait, avec le jour, dans un nuage.

Et le rêve se renouait le lendemain

Pour se prolonger des années dans le lointain.

 

Ce qui m’est d’un grand réconfort dans ma tristesse

C’est que le rêve donné naguère aux enfants

Leur a procuré une éternelle jeunesse

Pour laquelle ils me sont toujours reconnaissants.