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pour la dédicace du livre

Poèmes de ma paillote

par le Pt. Houphouët-Boigny de Côte d'Ivoire

Le Noël d'Aïcha - La petite mendiante Ivoirienne

Chaque jour, nous nous arrêtions à huit heures au carrefour du boulevard et chaque jour, Aïcha profitait du feu rouge pour quitter son terre-plein et venir en courant vers la voiture. Elle frappait à la vitre et Romain la baissait pour entendre Aïcha lui dire avec un beau sourire : « Bonjour tonton ! » ce qui sous-entendait : « Tu as cadeau pour moi aujourd’hui ? » Alors Romain donnait la pièce qu’il avait préparée à son intention et Aïcha regagnait son terre-plein en sautillant, pieds nus, toute heureuse de remettre sa pièce à sa mère assise à même le sol, s’abritant du soleil sous un grand parasol à tranches multicolores dont certaines baleines tordues avaient déchiré une partie du tissu.

Aïcha, fidèle, ponctuelle, courageuse, savait que son Blanc lui donnerait de quoi acheter un peu plus que le pain quotidien qui nourrirait sa famille au cours de la journée. Et le même rituel se perpétuait tout au long de l’année.

Cette année-là, Noël approchait. Allez savoir ce que la petite mendiante connaissait de cette fête de la Nativité, de l’enfant Jésus ! Non, pour elle, c’était une affaire de Blancs qui décoraient les magasins avec plein de jouets, de bonbons, de chocolats. C’était cela Noël pour Aïcha, mais Aïcha était une petite fille très pauvre. Elle savait que toutes ces choses merveilleuses ne la concernaient pas. Elle se contentait d’approcher des vitrines en catimini, à la tombée de la nuit et le lendemain matin elle regagnait son terre-plein du boulevard pour gagner sa vie et celle de sa famille, tout comme son Blanc rejoignait sans doute son travail pour lui aussi gagner sa vie et celle des siens.

Un matin, Aïcha cogna à la vitre de la voiture comme à l’accoutumée mais, qu’avait-elle donc ? En fait, elle était encore sous l’emprise du merveilleux décor de la vitrine devant laquelle elle avait eu beaucoup de mal la veille à se détacher. Elle semblait tout intimidée. Elle dit : « Bonjour, tonton ! » d’une petite voix inhabituelle. Puis, mâchonnant un coin du bas de sa jupe qu’elle portait à sa bouche, elle regardait son Blanc avec un sourire singulier. Elle avait perdu son assurance et attendait que l’on s’inquiétât de son mutisme. « Bonjour, Aïcha, dit Romain. Tu es malade ce matin ? » Aïcha fit signe que non de la tête. « Alors, qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce que tu veux ? » Aïcha s’approcha donc de son ami et lui dit simplement, timidement, presque à voix basse : « Poupée ».

C’est ainsi que, n’ayant pas d’enfants à gâter, nous décidâmes d’écrire au Père Noël pour qu’il songe à notre petite Aïcha, mendiante aux feux de signalisation du carrefour, qui nous avait prodigué son sourire et sa gaîté chaque matin en se rendant au travail.

Le tonton avait une sœur et le jour venu elle fut transformée en un Père Noël magique. Arrivés au carrefour qui était désert, Aïcha était sur le terre-plein comme à l’accoutumée. Pour elle, il n’y avait pas de jours fériés. La seule concession aux autres jours, c’était de rester assise auprès de sa mère étant donné qu’il n’y avait que très peu de voitures qui passaient. Les jambes repliées sous elle, elle semblait triste avec sa petite robe déchirée qui lui dénudait l’épaule.

Lorsqu’elle vit le Père Noël descendre de la voiture, un sac de jute sur l’épaule pareil à ceux qui servent à les remplir de fèves de cacao dans les plantations, Aïcha, médusée, se colla à sa mère. Elle n’avait jamais vu le Père Noël d’aussi près. Encore moins jamais parlé au Père Noël, vous pensez bien ! Elle ne souriait plus et même, elle avait envie de pleurer. C’est sa mère qui ouvrit le sac que le Père Noël lui tendait. Il contenait plein de boîtes de conserves, un grand sac de riz qu’on achète pour les enterrements, des boîtes de sucre en « carreaux » de lait, et des bonbons et des chocolats et des biscuits ! La mère était si émue elle aussi qu’elle ne pouvait plus parler.

Alors, le Père Noël se pencha au-dessus d’Aïcha et lui remit encore un grand paquet enveloppé d’un joli papier cadeau avec un gros nœud rouge. « C’est pour toi toute seule, Aïcha, parce que tu es une gentille petite fille courageuse. Ouvre le paquet ! »

L’enfant déchira le papier sans la moindre précaution et lorsqu’elle vit la magnifique poupée blonde que le Père Noël lui offrait, elle la brandit au-dessus de sa tête comme un trophée et, s’adressant au frère, elle dit : « Tonton ! Tonton ! Regarde, c’est le sorcier blanc qui me l’a apportée ! »

Elle désignait ainsi le Père Noël qui avait exaucé son plus cher désir.

 

Sans plus se préoccuper de son entourage, Aïcha prit la poupée dans ses bras et, avec un grand sourire, elle se mit à la bercer doucement, tendrement, comme le font toutes les mamans du monde sans tenir compte de la couleur de leur enfant : noire, albinos, rousse ou blonde aux cheveux courts tout bouclés, ou longs et tout raides !