Cliquez sur la photo

pour la dédicace du livre

Poèmes de ma paillote

par le Pt. Houphouët-Boigny de Côte d'Ivoire

Mon plus beau cadeau de Noël

Oui, je m’en souviens parfaitement, bien que plus de cinquante années se soient écoulées depuis. Nous fêtions la Nativité sur la plantation d’ananas où nous habitions. Mon mari avait réuni tous les manœuvres autour de la crèche que j’avais confectionnée sous un palmier nain. Tous les personnages étaient en terre glaise séchée au soleil et l’enfant Jésus reposait dans une demi-noix de coco capitonnée de plumes d’un nid d’oiseaux désaffecté.

Une lampe tempête suspendue à une liane au-dessus de la crèche symbolisait l’étoile de David et revigorait l’éclairage blafard de la lune.

A minuit, mon mari entonna les première notes de « Il est né le divin enfant », puis tous les manœuvres, tous sans exception, chantèrent à pleins poumons pour crier leur joie d’une fête qui leur venait du ciel. Dans la vallée, tous les broussards faisaient écho. Seuls Blancs dans cette étrange atmosphère nous priions de toute notre âme le divin enfant de protéger ses créatures dont nous étions et qui se sentaient soudain si vulnérables.

La lueur de la lampe faiblissait. Avant de quitter la crèche mon mari concrétisa la fête en distribuant à chacun de nos participants aux réjouissances, l’enveloppe contenant le billet magique. Alors, ce fut une explosion de joie qui s’extériorisa par des manifestations folkloriques amplifiées par le koutoukou qu’ils buvaient sans la moindre restriction.

De retour dans notre paillote, seuls en tête-à-tête, mon mari me remit une enveloppe en guise de cadeau. A moi aussi. Un peu circonspecte, je l’ouvris et lus sur la page blanche ces simple mots : « Mon amour, je t’aime ! »

Tout d’abord, je crus à une plaisanterie que dans mon esprit je qualifiais de goût douteux. Oui, je l’avoue, j’ai éprouvé a priori ce sentiment de peu d’élévation par rapport à ceux qui avaient guidé mon mari dans sa lettre. Cependant, j’ai très vite compris dans l’intensité de son regard toute la sincérité de son amour pour moi et j’en fus profondément touchée.

Au ponant de ma vie, seule à Noël, je sors l’enveloppe de son coffret de malachite. Le ruban rouge qui l’entourait a pâli. Le papier a jauni. Les ans l’ont grignoté, ébarbé. Seuls, les quelques mots sont demeurés intacts.

 

Aujourd’hui encore, je remercie du plus profond de mon cœur mon mari pour le cadeau qui a enrichi toute ma vie.