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Poèmes de ma paillote

par le Pt. Houphouët-Boigny de Côte d'Ivoire

Un Noël à Yamoussoukro

La basilique Notre-Dame-de-la-Paix de Yamoussoukro venait d'être consacrée par le pape Jean-Paul II. Nous étions dans les années 1990.

 

Le Président Félix Houphouët-Boigny de Côte d'Ivoire avait dédié ce prestigieux édifice à la Paix « pour tous les habitants de la terre ». Ce qui caractérise ce chef-d’œuvre architectural c'est non seulement sa réalisation technique, sa beauté et la richesse de tous les éléments qui le composent mais aussi l'émotion qu'il suscite dans le grand silence de la savane environnante.

 

Cette année-là, mes deux enfants avaient organisé à mon insu de passer le réveillon de Noël à l'hôtel « Le Président » de Yamoussoukro. Nous étions partis d'Abidjan, où nous habitions, dans le courant de l'après-midi pour arriver à la tombée de la nuit dans la toute récente capitale de la Côte d'Ivoire.

 

A quelques kilomètres de l'arrivée, nous empruntons une large voie royale très éclairée d'où l'on apercevait tout au loin la fameuse basilique surmontée d'une croix dont les bras s'illuminent pour en indiquer le sommet, tel un phare.

 

Installés dans nos chambres, nous rejoignons le restaurant panoramique décoré de son grand sapin de Noël, d'où nous devions attendre la messe de minuit de la basilique.

 

Il est tard. Je suis fatiguée. Déjà je ne suis plus jeune à ce moment-là. Finalement, je renonce à la messe de minuit que le carillon de l'une des coupoles de la basilique annonce joyeusement. C'est un son de France qui me parvient puisque les cloches ont été coulées près d'Orléans dans la fonderie Bollé du Loiret de mes ancêtres. Je suis émue.

 

Avant de regagner nos chambres, nous sommes convenus de nous rendre très tôt le jour de Noël à la basilique pour la messe de 7 heures. Dès l'aube, nous sommes sur le parvis. L'édifice est encore fermé. Au-delà des jardins à la française, c'est la savane. La savane qui recule à l'horizon à perte de vue au fur et à mesure que la brume opaque, chaude et moite disparaît.

 

C'est le grand silence angoissant. Pas le moindre bruit. Pas même le cri d'un toucan ou d'un perroquet. Chacun de nous est concentré sur l'événement du jour qui a traditionnellement illuminé notre petite enfance.

 

Tout d'un coup, la brume a disparu. Le jour s'est levé sans transition, d'un seul bloc, selon l'apanage des tropiques. Nous contournons la basilique d'où un rayon de soleil se répand sur un vitrail.

 

Miraculeusement c'est celui de la Nativité. L'enfant Jésus repose sur la paille qui brille du fait du rayon lumineux qui éclaire également Joseph et Marie. L'âne et le bœuf sont derrière.     La gloire et la pauvreté de cette naissance sont marquées par les Rois-mages Gaspar, Melchior et Balthazar qui déposent leurs cadeaux : l'or, l'encens et la myrrhe aux pieds de l'enfant Jésus tandis que les bergers se prosternent en signe d'adoration.

C'est alors que dans cette immensité silencieuse l'enregistrement d'un chant sorti de je ne sais où, transperce le ciel gris pour glorifier la Vierge Marie. Il s'agit de l'Ave Maria interprété par Nana Mouskouri. Sa voix chaude, puissante, envoûtante semble supplier la mère du divin enfant : « garde à jamais la famille humaine dans la Paix, ô Notre-Dame-de-la-Paix » comme le lui avait demandé Jean-Paul II lors de la consécration de la basilique.

 

Submergée par l'émotion je me surprends à prier instamment la Vierge Marie à haute voix d'accorder la paix à tous les enfants du monde. De faire respecter leur innocence à tout le moins jusqu'à l'âge de raison. De laisser libre cours à leur petit monde merveilleux, à leurs rêves.  De sauvegarder à leur intention ces années de bonheur qui seront peut-être les seules que l'humanité en plein désarroi leur accordera.

 

 

Telle fut déjà ma prière devant la crèche de Bethléem de Yamoussoukro. Telle sera ma  supplique ce Noël 2013 devant la crèche traditionnelle de mon petit village de France.